HISTORIQUE DES ARTS
MARTIAUX PHILIPPINS
Les arts de combat des îles Philippines sont très profondément enracinés dans la culture, la tradition et l'histoire de ce peuple particulier. Leurs origines et leurs racines remontent à l'antiquité, mais certains aspects de leur histoire et de leur évolution restent dans l'ombre, flottant entre légende et mythologie. Le premier contact de ces arts avec le monde occidental coïncide avec l'arrivée en 1521 du portugais Magellan dans l'île de Mactan. Magellan tenta de dominer les indigènes, qui étaient conduits par un certain Lapu-Lapu. C'est ce chef des guerriers Philippins qui causa la mort du conquistador, à l'arme blanche.
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Magellan |
Lapu-Lapu |
Situons tout d'abord le contexte. Le navigateur Portugais envoyé par le roi espagnol Carlos V, avec une flotte de cinq bateaux, atteignit le 16 mars 1521 les îles Homonhon au Sud de Samar. Les Espagnols y rencontrèrent pour la première fois les habitants de l'île de Suluan, qui les accueillirent amicalement, leur offrant du ravitaillement. Il continua son chemin à travers les îles Visayas et atteignit l'île de Cebu. Là aussi, les Espagnols furent accueillis amicalement par le Rajah Humanbon qui témoigna de sa fidélité, devenant vassal du roi d'Espagne. Les Espagnols se mirent avec zèle à convertir les indigènes au catholicisme, en baptisant, le 14 avril, une centaine de Cebuanos, et la semaine suivante pratiquement tous les habitants de Cebu.
A cette époque, le Rajah Humanbon eut des difficultés avec un de ses
vassaux, Lapu-Lapu, de l'île de Mactan. Dans l'intention d'aider Humabon et de
l'impressionner avec sa force armée, Magellan décida d'aller à Mactan afin de
soumettre Lapu-Lapu. A l’issue de la bataille, la défaite fût totale pour les
Espagnols. Magellan y mourut et seulement 18 de ses 265 hommes retournèrent en
Espagne. En s'approchant de l'île de Mactan, Magellan commit la faute de ne pas
avoir tenu compte de la marée descendante, de sorte que son navire resta coincé
devant l'île. La bataille eut lieu dans une eau peu profonde, les hommes de
Lapu-Lapu, en tenue légère, étaient très mobiles et beaucoup plus nombreux
(environ 1500). Pigafetta, le chroniqueur de l’expédition, raconte en ces termes
la bataille : « Nous sautâmes dans l’eau, qui nous arriva jusqu’à la ceinture,
et nous dûmes avancer ainsi, sur une longueur de deux bonnes portées de flèches,
jusqu’au rivage, tandis que nos canots à cause des récifs ne pouvaient pas nous
suivre plus loin. A terre nous trouvâmes quinze cents individus, partagé en
trois bandes, qui fondirent sur nous en poussant des cris effroyables. Deux
d’entre elles nous attaquèrent par les flancs et le troisième de face ».

Lapu-Lapu
Quarante-quatre années plus tard, le navigateur Miguel Lopez de Legazpi fut envoyé par le roi Espagnol Philippe II avec 380 hommes pour tenter une nouvelle conquête des Philippines. Il resta pendant une semaine devant Samar, et une partie des hommes, guidés par le capitaine Martin de Goti, explora l'île afin de trouver un embarcadère pour ses cinq navires. Goti observa les armes des insulaires de Samar qui étaient, suivant son rapport, des perches pointues (varas aguzadas), de grands boucliers (anchurosos escudos), des lances (lanzas), des espadons (alfanjes) de tailles différentes, l'arc et les flèches. Pour se protéger, les indigènes mettaient une légère armure fabriquée de roseaux tressés et d'une épaisse écorce d'arbre. Le 27 avril 1565, Legazpi réussit à soumettre l'île de Cebu. A cette époque, l'Islam s'était répandu jusqu'au nord des Philippines, mais il s’y implanta moins bien que dans le sud. Les Espagnols forcèrent les Musulmans à abandonner le sultanat de Manyla, nommé plus tard Manila. A partir de là, Legazpi conquit le nord et le centre des Philippines, où le Christianisme s'imposa par la suite. Par contre, les habitants musulmans du sud des Philippines, Minandao et les îles Sulu, ne se plièrent jamais au règne colonial. Ils conservèrent leur religion et leur culture, en luttant avec acharnement durant une période de plus de trois cents ans.
Au XVII ième siècle, les arts de combat jouissaient d'une grande
popularité aux Philippines. On les nommait également le "sport des roi". Les
Rajahs et Maharlikas des Visayas et de la région Tagalog, ainsi que les
Amandakwa de Pangasinan et les Baruwang de la région Cagay Tal, étaient renommés
comme experts dans ces arts. A l'occasion de fêtes populaires on organisait des
compétitions locales. Il s'agissait souvent de défis lancés d'un homme à un
autre pour décider qui était le plus fort. Ces combats se déroulaient sans
aucune protection, l'arme utilisée était souvent un bâton de rotin. Il n'y avait
pas de règles précises, toutes les techniques étaient permises. Les luttes
finissaient soit avec la mise hors de combat, soit, plus rarement, avec la mort
d'un des adversaires.
Au départ, les Espagnols se montrèrent impressionnés par les arts de
combat Philippins, mais par la suite ils réalisèrent quel danger ceux-ci
représentaient pour eux. A la fin du XVII ième siècle ils tentèrent de les
supprimer. En 1764 ces derniers furent totalement prohibés. Comme raisons
officielles à cette interdiction, les Espagnols prétendirent que les Philippins
s'entraînaient trop, qu'ils ne travaillaient pas assez aux champs, que le nombre
de personnes blessées ou tuées, lors des duels, était trop élevé. Ils
déclarèrent alors que chaque indigène qui pratiquait les arts de combat serait
banni. L'art de combat, jadis populaire, devint alors clandestin. Les Philippins
continuèrent à s'entraîner la nuit en cachette. Les emblèmes ou sigles des
associations et écoles d'art de combat Philippin comportent encore souvent
aujourd'hui le dessin de la lune, d'une chandelle ou d'un manguier, indiquant
que l'art fut pratiqué et transmis dans la nuit, à l'abri des arbres.
Ces mouvements se sont également conservés au sein de la danse
Philippine, auxquels s'étaient mélangés des éléments de danse Espagnole,
introduits par des moines en 1637. Il s'agit de comédies socioreligieuses,
appelées moro moro, mettant en scène le triomphe des Chrétiens Espagnols sur les
maures musulmans de Grenade. La forme stylisée des danses, parodiant les combats
à l'épée, reprenait les mouvements des arts de combat indigènes. Les costumes
des danseurs incluaient des harnachements multicolores que portaient les soldats
Chrétiens Espagnols pour aller au combat contre les maures. L'une des
appellations des arts de combat Philippins, arnis de mano ou simplement
arnis, dérive du mot Espagnol désignant cet harnachement: arnes de mano
(protection de la main).

Arnis de Mano
Fin du XIX ième siècle, les Philippins s'allièrent aux Américains lors de la guerre hispano-américaine, dans l'espoir d'obtenir leur indépendance. Mais le 10 décembre 1898, les Etats Unis prirent possession des Philippines contre la somme de 20.000.000 US $ fixé lors du contrat de Paris. Pendant quatre ans les Philippins essayèrent de s'opposer à la nouvelle domination américaine. Les Musulmans de Mindanao s'avérèrent les plus résistants. Particulièrement redoutables, les "juramentados", des guerriers musulmans fanatiques, jurant vengeance pouvaient tuer, à l'arme blanche, dans un excès de frénésie, toute personne qui semblait étrangère ou chrétienne. Cette course à l'Amok se poursuivait jusqu'à la mort de l'assaillant lui-même. Selon leur foi, un maximum de Chrétiens tués pouvaient leur assurer une place au ciel. Avant de passer à l'acte, un tel guerrier se rasait le crâne, mettait un bandeau rouge autours de la tête et s’enveloppait les testicules dans un morceau de cuir mouillé. En séchant, le cuir causait de telles douleurs, que le guerrier se laissait entraîner au massacre.
Pendant la deuxième guerre mondiale, les Philippins luttèrent ensemble
avec les américains, dans une guerre de guérilla contre l'invasion japonaise. De
nombreux Philippins s'engagèrent dans les forces américaines, mais eurent de
grandes difficultés à utiliser les fusils modernes et les armes automatiques.
Après de nombreuses pétitions et démonstrations, prouvant l'efficacité de leurs
techniques de combat traditionnelles, l'armée américaine leur distribua leurs
armes de prédilection: le bolo. Les patrouilles de guérilla Philippines
avancèrent dans la jungle en forme de triangle. Le meilleur homme marchait à la
tête de la formation. A la rencontre de l'ennemi, il mettait celui-ci hors de
combat et continuait d'avancer tandis que les hommes derrière lui étaient
chargés de tuer le blessé.
Après la déclaration d'indépendance de la République des Philippines le 4
juillet 1946, les Philippins voulurent oublier la guerre et les arts de combat
perdirent de leur importance. C'est seulement chez quelques rares familles que
l'art du combat philippin a continué à être pratiqué et enseigné, non plus dans
un contexte de guerre, mais en tant que technique de self-défense. De nombreux
Philippins s'établirent après la deuxième guerre mondiale en Californie du sud,
dans la région de Stockton, ainsi qu'à Hawaï, où ils continuèrent à pratiquer et
à transmettre l'art de combat.


